• LES DENTS DE LA MER - BOX OFFICE STEVEN SPIELBERG 1976

     

     

    LES DENTS DE LA MER

    (JAWS)

    20 JUIN 1975 (USA)

    28 JANVIER 1976

     

     

      MODELE ESSAI

    Réalisation Steven SPIELBERG
    Scénario Peter BENCHLEY
    Carl GOTTLIEB
    Photographie  Bill BUTLER
    Musique John WILLIAMS
    Production

    David BROW

    Richard ZANUCK

    Distribution UNIVERSAL
    Durée 124 minutes
    Tournage mai 1974/ septembre 1974
    Brody Roy SCHEIDER
    Quint Robert SHAW
    Hooper Richard DREYFUSS


    Au commissariat d'Amity, en ce matin d'été, un jeune homme vient signaler la disparition de son amie après un bain de minuit. Aussitôt des recherches sont entreprises et un corps atrocement mutilé est bientôt retrouvé. Sur la foi du rapport d'autopsie, qui révèle que la morte a été victime d'un requin, Martin Brody, le chef de la police, fait interdire les baignades. Il se heurte très vite aux autorités de la ville qui lui enjoignent de suspendre cette mesure désastreuse sur le plan économique parce qu'en écartant les touristes, elle prive la région des bénéfices qui sont nécessaires à sa survie. Comme le médecin légiste revient sur ses premières déclarations, Brody cède et les plages sont rouvertes. Le soleil et la publicité faite autour de l'affaire ont attiré une foule énorme. La panique s'empare de cette population, un peu plus tard, quand une petite fille disparaît à son tour. Une véritable psychose s'installe. La mère de la victime propose une forte prime à qui lui ramènera la dépouille du squale. Quint, un vieux « loup de mer » chasseur de requins, relève le défi. Matt Hooper, un jeune et courageux chercheur, spécialiste de la faune sous-marine, et Brody l'accompagnent sur son bateau. Après la découverte d'un nouveau cadavre déchiqueté, le trio voit soudain surgir des flots un monstre d'une taille encore jamais vue. Un combat d'une violence inouie s'engage alors dont seuls Brody et Hooper réchapperont.

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    "Jaws" un des films les plus connus de l'histoire du cinéma est considéré par beaucoup comme le premier blockbuster américain et a fait l'objet de milliers d'articles. Sans pour autant tenter de rajouter quoique ce soit à la sommes des informations données sur le film, il convient d'affiner cette affirmation: "Jaws" est le premier blockbuster de Steven Spielberg.

    La fin des années 60 a vu la fin des gros succès familiaux ou de comédies musicales tels " Funny girls" "Romeo and Juliet" ou "Oliver", des productions remplies de sirop bien soutenues par une Bande Originale de Film généralement en tête du top 200 du Billboard durant de longues semaines. De nouveaux réalisateurs donnent des coups de pied dans la fourmilière, mais le début des années 70 voient un affaiblissement des entrées du à une lassitude du public pour ces productions, ce qui profite a des séries B de genres pour s'emparer brièvement de la tête du box office. Les studios se doivent de réagir sous peine de voir la télévision et ses séries dévorer définitivement l'industrie du cinéma. Des projets importants voient le jour initiés par les studios dont la base est constituée de romans à succès. Le marketing s'effectue des mois à l'avance parfois même avant le tournage du film. Des réalisateurs prometteurs sont embauchés cependant très encadrés par les studios. Ce sont des films de commande, mais cependant la violence, le réalisme peuvent être mise, du moment que ce ton nouveau apparu dans des films tels "La horde sauvage" ou "French connection" attire le spectateur. En parallèle les studios vont aussi développer des films issus des nouvelles technologies du cinéma, des films dits "Catastrophe".

    "Le parrain" est le premier film issu de cette stratégie à sortir sur les écrans. Tiré du roman de Mario Puzzo, le film tient la tête du box office US durant 6 mois et rapporte une pluie d'argent à ses producteurs et par la même occasion fait exploser un nouveau réalisateur, Francis Ford Coppola qui s'est bien sorti d'un tournage stressant et qui devient le premier "Golden boy". Peu de temps après "L'aventure du Poséidon" triomphe sur les écrans américains. Dans ce film "catastrophe" un groupe de survivants doit se frayer un passage sans un paquebot qui s'est retourné. Le paquebot et ses pièges de plus en plus ardus et meurtriers devient un ennemi à combattre.

    Début 1974 "L'exorciste" film au tournage homérique est le premier film d'horreur à exploser le box office américain et mondial. Un film d'une rare violence, où deux prêtres doivent se battre contre un démon qui s'est emparé du corps d'une jeune adolescente. Là aussi un film de commande tiré d'un roman à succès. A la fin de l'année sort "Tremblement de terre" avec Charlton Heston et la "Tour infernale" où Paul Newman et Steve McQueen doivent combattre un gigantesque incendie qui a pris dans un gratte-ciel low cost.

    En 1974 les producteurs Richard Zanuck et David Brown obtiennent un succès massif avec "L'arnaque" et ont bien l'intention de surfer sur cette vague de films spectaculaires. Ils achètent les droits de "Jaws" un livre un succès de Peter Benchley. Au premier abord il semble assez improbable de faire exploser le box office avec un tel sujet, mais sait-on jamais. Le budget sera correct sans plus. La très bonne idée est de se tourner vers un jeune réalisateur pas trop cher. Cela tombe bien les deux ont déjà produit "Sugarland express" du jeune Steven Spielberg, et même si le film n'a pas fait d'étincelles au box office, le réalisateur a prouvé qu'il savait tenir une caméra et "Duel" qui est pourtant un téléfilm a marqué les esprits par la précocité du talent de Spielberg. Evidemment il accepte, même si le scénario lui fait craindre un film de "monstres" digne des années 50. Au niveau du casting, les producteurs choisissent Robert Shaw pour le rôle de Quint, enchanté par sa prestation dans "L'arnaque". Capable de tout jouer tel un caméléon, on rappellera juste que c'est un des acteurs les plus sous estimés de l'histoire du cinéma. A coté de lui Roy Scheider acteur connu depuis "French Connection" a une belle chance à saisir. Richard Dreyfuss lui s'est fait remarquer dans "American graffiti" de George Lucas. Un casting qui paie pas de mine, mais Spielberg saura capter, ô combien, la substance moelle de ces acteurs. Nouvelle idée de génie, John Williams est choisi pour être le compositeur de la musique du film.

    Tout le monde connait les difficultés rencontrées par Spielberg durant le tournage. Déjà, il doit se battre pour imposer sa vision du film. Un seul mot: réalisme. Le spectateur doit croire que cette histoire est plausible, et le tournage va se dérouler en mer, en lieu et place des piscines ou bassins habituels utilisés par les studios. Evidemment le tournage devient plus ardu dans des conditions naturelles. Le requin nommé Bruce par Spielberg lui même en hommage à son avocat est donc mécanique, les images numériques n'existant pas encore. Evidemment bon nombre de galères vont survenir à cause du faux requin ce qui plombe l'ambiance de tournage et mine Spielberg.

    Le tournage sur le bateau s'allonge ainsi que le budget. Il y a parfois de longs moments d' attente sur le tournage et les acteurs ne comprennent pas vraiment ce que désire réellement Spielberg qui s'enfonce un peu dans le mutisme. Evidemment sans avoir vu les rushs et sans la musique de Williams les acteurs s'impatientent , et Robert Shaw confie à la presse que le film est une vraie merde et un nanar sans nom. Spielberg commence à angoisser.

    Mais les rushs sont bons et Zanuck et Brown pensent qu'ils ont un bon filon entre les mains. Prévu pour sortir au début de l'été 1975, le film va bénéficier d'une grosse campagne de promotion. La bande annonce est largement diffusés 7 mois à l'avance alors que Spielberg est encore en plein travail et va même tourner des scènes additionnelles.

    Le montage de Spielberg va respecter les règles du genre définis avec "La tour infernale" ou "L'exorciste". La menace sous jacente va se révéler de plus en plus puissante au fur et à mesure que ses ennemis l'affrontent. Pour commencer Spielberg monte une scène choc. En pleine nuit une jeune femme se fait dévorer par Bruce durant un funeste bain de minuit. On ne voit pas le requin mais la jeune femme hurle de terreur pendant qu'elle se fait boulotter. Une scène d'une rare efficacité copiée des centaines de fois sous diverses variantes. Spielberg prend son temps et introduit ses acteurs principaux dans un environnement réaliste, une petite station balnéaire américaine. Brody, le chef de la police est un bon père de famille normal. Il doit affronter la pression financière exercée par le Maire de la ville qui fait comprendre qu'il faut minimiser l'incident. La saison estivale doit avoir lieu coûte que coûte. Après une fausse alerte due à quelques enfants plaisantins, Bruce attaque enfin. L' idée de génie de Spielberg est de ne pas montrer le requin mais d'utiliser une vue subjective de la part du squale lui-même qui se fraye un passage au milieu d'un groupe d'enfants, dont le fils de Brody, après avoir déchiqueté un estivant. Autre chance pour Spielberg, John Williams a composé une musique identifiant et annonçant le requin. A l'aide d'instruments à cordes et de cors, Williams utilise la répétition d'un son grave qui pourrait symboliser un esprit maléfique mais aussi des battements de cœur. Le requins est vivant, maléfique, voire féérique. Williams utilise de nouvelles technologies pour composer sa musique. Estomaqué par ce génie, Spielberg appelle George Lucas qui entreprend le tournage d'un petit film de science fiction nommé "Star wars" pour lui conseiller d'embaucher John Williams pour en composer la musique.

    La résistance s'organise : Quint est un chasseur de requins très expérimenté et folklorique campé par un Robert Shaw exceptionnel comme d'habitude. Très cynique il se moque du manque d'expérience des autorités concernant cette menace qu'ils ne peuvent réellement appréhender. Contre une bonne prime il peut éliminer le squale. Evidemment la ville ne le croit pas. Reste l'arrivée du troisième larron. Hooper campé par le jeune Richard Dreyfuss est un scientifique qui se lie de camaraderie avec Brody. Très vite, Brody comprend que le requin n'est pas vraiment un poisson d'eau douce, mais un phénomène du genre, un sérial killer aquatique, le Jack l'Eventreur des océans.

    Après la première heure, l'équipe est constituée et les trois vont enfin partir en mer afin de traquer Bruce sur le rafiot de Quint. Une des grandes forces de Spielberg est de montrer ses grandes qualités de directeur d'acteurs. Dans ce huis clos entre les trois hommes bloqués en mer et chassé par un requin, les trois personnalités vont s'affronter, mais aussi s'apprécier. Quint est un être têtu et obsédé par les requins un brin tyrannique et qui se moque de Hooper, typiquement un scientifique de gauche quelque peu contestataire et défiant l'autorité. Brody est plus un Monsieur tout le monde et spécialement courageux dans le fond.

    Le suspense va crescendo. Comme dans beaucoup de films catastrophe, les combattants ou le groupe chargé d'affronter de l'ennemi sous estiment celui-ci et bien sûr Bruce s'avère beaucoup plus gros, plus fort et plus malin que prévu et il apparait bientôt que la coquille de noix ne pourra pas protéger très longtemps l'équipage de l'appétit de Bruce, surtout que Quint a sabordé son rafiot. Alors que la situation semble inéluctablement funeste, Brody dans une situation désespérée va prouver que David peut vaincre une nouvelle fois Goliath.

    " Jaws" représente la quintessence du film de suspense ou catastrophe. Spielberg a parfaitement maîtrisé les codes inhérents au genre, mais contrairement à un John Guillermin qui filme sa tour infernale avec des moufles et en mode grand père, Spielberg démontre des qualités hors normes pour raconter une histoire et se révèle un très grand directeur d'acteurs. Qui plus est, il a su parfaitement se débrouiller avec les contraintes mécaniques du requin qu'on voit très peu, et cela rend le film encore plus efficace. Et évidemment quand on peut compter sur une bande musicale quasi géniale on a un grand film en mains.

    Bien aidé par une campagne promotionnelle intensive le film va sortir sur un nombre imposant d'écrans simultanés afin de battre quelques records.

    Cependant Spielberg est en plein doute, convaincu que le film est mauvais et que le public va se moquer de lui et que sa carrière est déjà finie.

    Le film sort sur 409 écrans et totalise 7 millions de dollars de recette brute son premier week end. Cette belle réussite va se transformer en triomphe. Le nombre de salles augmente et les recettes se maintiennent le week end suivant et le film totalise 21 millions de dollars de recettes en 10 jours ce qui rembourse le film. La presse s'empare du phénomène, les couvertures de magazines consacrées au film fleurissent et le pays sombre dans la psychose du requin tueur. Sur les plages les estivants ont peur d'aller se baigner. Au bout d'un mois le film a rapporté 70 millions de dollars soit 8 fois son budget. Les producteurs avouent qu'il pleuvait des dollars, une montagne de dollars. La presse relate la naissance d'un nouveau jeune talent nommé Steven Spielberg. Le film garde la tête du Box office durant 14 semaines.

    A l'international le succès ne se dément pas bien au contraire, les dizaines de millions d'entrées s'accumulent. En France, la presse a bien sûr relaté le phénomène américain sans pour autant tresser des louanges au film. En effet c'est toujours avec un peu dédain que les critiques appuient sur le fait que c'est un film commercial et un peu racoleur. Mais le public n'en a cure.

    Sorti sur 28 salles à Paris le film bat le record d'entrées hebdomadaire en passant la barre symbolique des 300 000 spectateurs, un record qui durera plusieurs années. Dans une station de sports d'hiver il convient de rajouter des séances devant la demande des spectateurs. Un départ en boulet de canon qui sera confirme les trois semaines suivantes. Au total le film passe facilement les 6 millions de spectateurs France.

    Devenu lui aussi un "Golden boy", Spielberg qui a pris parait il un peu la grosse tête sera lui aussi confronté au challenge du film suivant. Et les autres n'ont pas nécessairement réussi ce challenge. En tout cas ce ne sera pas pour faire une inévitable suite au film prévue par les deux producteurs toujours avec Roy Scheider mais sans Robert Shaw, forcément, mais non plus avec la découverte du film, Richard Dreyfuss qui va rejoindre Spielberg sur son nouveau projet. Ce dernier emmènera également avec lui John Williams révélé lui aussi au grand public.

    Avec ses exploitations supplémentaires, "Jaws" récoltera au total près de 400 millions de dollars de recettes brutes, ce qui en fait une incroyable poule aux œufs d'or. Mais il reste aussi un des meilleurs films de Spielberg et un sacré numéro d'acteurs qui n'a pas pris une ride. Evidemment des producteurs malins tenteront de surfer sur le succès du film, en particulier Dino De Laurentiis avec "Orca", "Le bison blanc" ou "King Kong" sans bien sûr en avoir le quart de la qualité du chef d'œuvre de Spielberg qui a tué le genre d'un coup d'un seul.    

      

                                               

     

    ENTREES FRANCE 6  261 062
    ENTREE PARIS 1 175 408
    PREMIERE SEMAINE PARIS - N°1 309 158
    2EME SEMAINE PARIS - N°1 241 160
    3EMESEMAINE PARIS - N° 1 177 585
    4EME SEMAINE PARIS - N°1 124 155
    5 EME SEMAINE PARIS - N°1 72 816
    6 EME SEMAINE PARIS - N°2 50 934
    NOMBRE DE SEMAINE PARIS 16
    NOMBRE DE SALLES SEM SORTIE PARIS
    28
    BUDGET 8 M$
    BOX OFFICE USA 260 M$   - 129 M$ EN RENTALS
    BOX OFFICE USA 1977 16 M$ RENTALS
    BOX OFFICE USA 1979 11 M$ RENTALS
    NOMBRE DE SEMAINES N°1 DU BO US 14

     

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