• LE BATEAU D'EMILE - MICHEL AUDIARD BOX OFFICE 1962

    LE BATEAU D’EMILE

     

    2 MARS 1962

     
     

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    Réalisation Denys de LA PATELLIÈRE
    Scénario Albert VALENTIN
    Michel AUDIARD
    Dialogues Michel AUDIARD
    Photographie Robert JUILLARD
    Musique Jean PRODROMIDÈS
    Production Filmsonor / Intermondia
    Distribution CINEDIS 
    Durée 98  minutes
    Tournage 16 octobre 1961- ?
    Fernande Annie GIRARDOT
    Émile Bouet Lino VENTURA
    François Larmentiel Pierre BRASSEUR
    Charles-Edmond Larmentiel Michel SIMON

     

    Cardiaque, cloué sur un fauteuil roulant, Charles-Edmond Larmentiel est de retour à La Rochelle, d’où son père l’a chassé quarante ans plus tôt. Haineux, le vieillard entend se venger de son frère François, PDG des conserveries Larmentiel, et ce grâce à l’enfant qu’il eut d’une ouvrière et dont la naissance fut le prétexte de son exil. Charles-Edmond charge un notaire, maître Lamazure, de retrouver cet enfant auquel il veut léguer sa fortune, c’est-à-dire sa part de l’entreprise familiale. Lamazure a tôt fait de découvrir l’héritier : Émile Bouet, patron pêcheur ivrogne, qui vit avec une chanteuse de bastringue, Fernande. Lamazure avertit François du plan de son frère. Or, si Bouet ignore tout de ses origines, François sait depuis toujours qu’Émile est un Larmentiel, dont il lui faut désormais tenir compte pour éviter la ruine. Tandis que Lamazure, complice, retarde les projets de Charles-Edmond, François offre à Émile de devenir son capitaine d’armement, à la tête de quinze bateaux de pêche. Flatté, Emile arrose copieusement sa «promotion» avec Fernande, qu’il couvre de cadeaux et à qui il parle mariage dans un souci tout neuf de respectabilité. Grisée à son tour, Fernande emprunte une voiture, provoque un accident et se retrouve au commissariat où François, flanqué d’un Émile honteux, vient la délivrer. Larmentiel presse alors son «associé» de changer ses manières, de se débarrasser de Fernande; il songe en effet le marier à sa fille Claude. Dès lors, Émile reproche à sa compagne sa vulgarité, son laisser-aller, empruntant un langage châtié que raille la jeune femme : «Tu causes entre guillemets» avant de trancher : «Je me tire !». Émile feint d’abord le soulagement puis se précipite à Nantes, au «Mistigri», le bar où chante Fernande; il la ramène à La Rochelle, plus amoureux que jamais. François abat alors sa dernière carte en révélant à Émile qu’il est un Larmentiel; ainsi, pense-t-il, l’héritage ne sortira pas de la famille. Troublé, Émile voit basculer son destin mais il lui faut, François l’exige, se débarrasser de Fernande. Une nuit, ivre, il emmène la jeune femme en barque, loin du port, sous le prétexte de relever ses casiers à homards. Mais au moment de la précipiter à l’eau, dégrisé, il se jette dans ses bras. Puis il se rue chez Larmentiel où Charles-Edmond vient de mourir : «Dire que c’est pour des pourritures pareilles que j’ai failli buter Fernande !» lance-t-il aux membres de sa «famille»…

     *********

    "Le bateau d'Emile" reste encore aujourd'hui un film peu apprécié des cinéphiles et est considéré comme un film mineur, certains emploient même des termes plus durs. Et pourtant les films du patrimoine sont privilégiés au vu du regard bienveillant que nous portons sur cette époque.

    A la base le film a tout pour plaire. Denys DE LA PATELLIERE est un réalisateur qui a signé quelques très gros succès de ces dernières années, tels "Les grandes familles" et "Un taxi pour Tobrouk", un gage de qualité. Il retrouve des acteurs qu'il a dirigé dans ces deux films : Pierre BRASSEUR et Lino VENTURA qui sort d'une année 1961 triomphale. Lino retrouve son amie GIRARDOT avec qui il a tourné "Le rouge est mis" en 1957 et Michel SIMON, qu'on ne présente plus. Pour Annie GIRARDOT c'est l'occasion de revenir sur les écrans français, elle qui tourne beaucoup en Italie pour des raisons familiales. Elle vient de terminer "SMOG" avec son mari Renato SALVATORI. Si en plus le film est tiré d'une nouvelle de Georges SIMENON et que les dialogues sont signés Michel AUDIARD on se dit que le résultat ne peut être raté. Le film bénéficie également de la belle ambiance du port de La Rochelle.

    En fait le film est un mix entre une satire de la bourgeoisie familiale qui louche un peu sur "Les grandes familles" et une comédie pittoresque située dans le milieu prolétaire des pêcheurs. Le coté prolo est renforcé par le fait qu'Emile vive avec une chanteuse de bastringue ex- prostituée notoire.

    La première partie est une farce noire. Le très sérieux François LARMENTIEL riche patron pêcheur et industriel, LE notable de la ville accueille son frère exilé depuis des années à Tahiti. Celui-ci iconoclaste clown, est le paria de la famille et compte bien mourir dans le lit de son enfance. Il inonde copieusement sa famille de commentaires acides. Inutile de dire que Michel SIMON cabotine à cœur joie dans cette partie du film. C'est Pierre BRASSEUR qui joue François et curieusement il porte un regard plutôt fataliste sur son frère. Malgré tout, il semble plus ou moins permettre son comportement et vaque à ses occupations. Charles Edmond fait des révélations à un notaire qu'il a choisit au hasard. Il transmettra toute sa fortune à son fils, Emile, issu d'une liaison avec une employée de bureau de l'entreprise familiale. Le notaire doit le rechercher.

    L'action se porte donc sur Emile, un brave pêcheur qui vit avec Fernande, une piètre chanteuse qui a vécu de ses charmes. Un couple détonnant, Emile est un rustre qui ne voit que Fernande derrière les fourneaux. Il en a un peu marre de sa vie de tous les jours, les ports, le même restaurant, les mêmes copains. Fernande, est elle une femme enjouée, optimiste, heureuse de vivre et qui sait très bien y faire avec le caractère ombrageux d'Emile. Une très belle composition d'Annie GIRARDOT qui impose son charme, sa désinvolture et son tempérament joyeux.

    Le notaire ne peut s'empêcher de rapporter l'histoire à François, on ne prête qu'aux riches, n'est-ce pas. A sa grande surprise, François est parfaitement au courant de l'existence d'Emile qu'il a d'ailleurs employé comme mousse. Il l'apprécie car c'est le meilleur pêcheur de la région et que son entreprise a beaucoup perdu avec son départ. Alors qu'on s'attendait à un Pierre BRASSEUR jouant les crapules, à l'instar de son rôle dans "Les grandes familles" nous assistons à un portrait d'un bourgeois pragmatique, qui connait l'essence humaine, mais n'est pas particulièrement prêt à tout pour garder son entreprise. Bien au contraire, il va proposer à Emile de changer de vie, de l'intégrer dans la famille. Pour commencer en lui proposant un très grand poste dans l'entreprise. Il n y a pas de pièges, le but de François est de le marier au final avec sa fille, ce qui résoudra tous les problèmes d'héritage. Et puis à 65 ans il sera bientôt temps de passer la main.

    Contre toute attente, Emile est déstabilisé et prend très rapidement la grosse tête. L'argent qu'il va gagner lui fait aussi tourner la tête et ses rapports changent avec Fernande. Elle le gêne. François qui compte bien sur le fait qu'Emile rompe, fait tout pour lui prouver que c'est une mauvaise fille. Emile ne sait plus que faire. Tantôt en costume cravate, tantôt en bleu de travail avec ses copains, il ne sait plus à quel Saint se vouer. Fernande supporte tout par amour, mais reste digne lorsqu'Emile aborde sa "vulgarité". Elle part. Emile s'ennuie, et va retrouver Fernande.

    François lui révèle qui il est et les perspectives d'avenir radieux qu'il va rater s'il reste avec Fernande. Eméché, Emile emmène Fernande sur une barque au large, la nuit. Elle comprend qu' il va la tuer, aveuglé par la fièvre de l'or. Elle ne se démonte pas. Emile recouvre ses esprits et craque, fou de honte. Il règle ses comptes avec François, caché dans sa demeure et reste avec Fernande. Avec l'argent il se mettra à son compte et restera avec elle.

    Il est évident que le film a pu déplaire à l'époque. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le méchant du film n'est pas François. Pierre BRASSEUR est sublime comme à son habitude, dire qu'il survole le film est un euphémisme (j'ose même penser que c'est le plus grand acteur que le cinéma français a connu), mais ce n'est pas l'homme que le public aime détester. Au fond, il ne cherche qu'à protéger sa famille et est même très bienveillant envers Emile. Après tout, c'est son neveux, il est jeune, il représente le futur de son entreprise. C'est bel et bien Emile qui est peu recommandable. Macho, rustre, l'argent et le pouvoir lui tournent très vite la tête et c'est bien lui, et lui seul, qui échafaude l'idée d'éliminer Fernande. Et c'est peut être cela qui décontenance le public, qui n'est pas habitué à voir Lino en personnage pas très reluisant. Annie GIRARDOT aussi attachante soit elle, est une prostituée, le public éprouve sans doute du mal à l'apprécier pleinement. De plus, le film n'est pas spécialement drôle et les dialogues d'Audiard, pourtant particulièrement justes, ne possèdent pas les petites phrases immortelles d' "un cave se rebiffe" par exemple. Il est également vrai que la deuxième moitié du film ne vaut pas la première. Denys DE LA PATTELIERE n'est pas réputé pour le rythme effréné qu'il donne à ses réalisations et cela se ressent. Les acteurs sont impeccables et ne sont pas en cause dans la relative désaffection du public.

    La légende veut que le film fut un échec. Certes, le film ne se classe que sixième lors de sa sortie parisienne en exclusivité. Mais il n'est sorti que dans deux salles classieuses, le Marivaux et Le Colisée et réalise la très belle moyenne de 12 686 entrées. Le film passe tout de même les 1.5 millions d'entrées en France où il se classe 43ème de l'année, ( il serait aujourd'hui largement dans le top 30 annuel) et pas moins de 464 000 spectateurs sur Paris Banlieue. Le film n'est donc pas l'échec que la rumeur prétend, et s'il n'est pas un chef d'œuvre, il n'en reste pas moins une satire sociale habile et un film qui vaut au moins pour la qualité de ses irremplaçables acteurs.    

     

     

    CATEGORIE

    RANG

    NOMBRE

    SALLES

    ENTREES FRANCE

    43

    1 530 088

     

    ENTREES PARIS

     

    342 293

     

    ENTREES PARIS BANLIEUE

     

    464 811

     

    1ère semaine

    6

    25 371

    2

    2ème semaine

    6

    22 823

     

    3ème semaine

    7

    18 610

     

    4ème semaine

    11

    15 360

     

    5ème semaine

    9

    13 750

     

    Nombre de semaines Paris

     

     

     

    Moyenne salles Paris 1ère sem

     

    12 686

     

    Cote du succès

     

    * *

     

     LE BATEAU D'EMILE - PIERRE BRASSEUR

     

    LE BATEAU D'EMILE - MICHEL SIMON

     

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    LE BATEAU D'EMILE - ANNIE GIRARDOT

     

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    LE BATEAU D'EMILE - LINO VENTURA

     

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